Sanctus Gundulfus Evêque de Milan ?

Autrefois la légende disait que Gondulphus, ce vieil ermite devenu saint Gondon par vox populi, avait été évêque de Milan, nommé par le Pape Pelage 1er en 555, mais  finalement aurait été chassé de son siège épiscopal , et se serait alors réfugié dans la retraite du Berry qu’on lui connaît .  Ce n’est tout de même pas rien, on en conviendra !  

Puis vint le siècle des Lumières, Voltaire et quelques autres, et l’on commença à douter des trop belles histoires que racontait l’Eglise . Ainsi, lorsque, à la révolution, l’abbé Gaurier, curé de Saint-Gondon et prêtre réfractaire parti en exil à Rome, profita de son séjour pour consulter les archives de l’archevêché de Milan, il se vit confirmer que Gondulphus ne figurait pas sur la liste des évêques de cette ville . On pensa alors qu’il y avait eu  erreur de traduction du latin, et confusion entre Milan et Meillant (aujourd’hui Chateaumeillant, dans le Cher ) ce qui est beaucoup plus prosaïque . Telle fut, dès lors, la vérité officielle, reprise par tout ce qui a été imprimé sur le sujet, y compris le dernier ouvrage publié en 2006 par notre association « Saint-Gondon Patrimoine Historique » .
Pourtant, à la fin du 19
ème siècle, celui qui fut le meilleur historien de notre cité, l’abbé Pouradier, était  d’un avis contraire, et il avançait de sérieux arguments :
     -Pourquoi les textes anciens ne fournissent-ils aucune information précise sur sa prétendue vie d’évêque à Meillant, dans le Berry, ni sur les événements qui lui auraient fait abandonner son ministère, alors qu' ils nous donnent des détails sur sa vie d’ermite, toujours dans le Berry ?
     -Pourquoi parleraient-ils d’une traversée des Alpes si Gondulphus n’avait jamais quitté le Berry ?
     -Pourquoi sainte Radegonde, femme du roi Clotaire et belle-fille de Clovis, aurait-elle pris la peine d’un long voyage pour aller visiter un humble anachorète campagnard ?
     -L’absence de Gondulphus sur la liste des évêques de Milan, au 6
ème siècle, peut s’expliquer par les troubles qui agitaient l’Eglise à cette époque en Italie du nord .                                                                                                                                            

De fait, si l’on se plonge aujourd’hui dans les manuels d’histoire, on peut légitimement penser que l’abbé Pouradier n’avait peut-être  pas tort .

En 555, date de la nomination de Gondulphus, et dans les années qui suivirent, il ne s’est rien passé que l’on sache , à Meillant ou dans toute la région, qui pût contraindre un évêque à abandonner son ministère . Les Francs, maîtres de la province depuis la victoire de Clovis sur les Wisigoths ariens à Vouillé (près de Poitiers) en 506, étaient catholiques depuis un demi-siècle, avec l’appui de l’empereur de Byzance. Plus tard, il y eut bien des troubles dans la région, mais il s’agissait d’une banale guerre de succession entre  héritiers de Clovis, sans aucun rapport avec la religion .

En revanche, il est parfaitement exact que l’Italie du nord a été , entre le 4ème  siècle et le 7ème siècle, le théâtre d’affrontements violents entre chrétiens catholiques et hérétiques ariens ( les Ostrogoths puis les Lombards ), et que s’il y a eu un endroit sur terre où des évêques ont été évincés, chassés de leur siège ou même empêchés d’en prendre possession, c’est bien, en effet, à Milan !

Pire : en 555 précisément,  Pelage 1er , tout juste  nommé par l’empereur Justinien ,  pour complaire à celui qui l’avait fait pape,  changea brusquement  d’avis à propos d’une obscure querelle théologique interne au monde catholique  et connue des historiens sous le nom d’affaire  des Trois Chapitres , ce qui provoqua en Lombardie, pour une brève période, une sorte de schisme , avec pour conséquence la plus extrême confusion parmi titulaires et postulants aux différentes charges épiscopales de la région .

Voilà, très résumé, ce que l’on peut dire aujourd’hui sur le sujet . A chacun de se faire une opinion, mais il apparaît tout de même que l’hypothèse disons la moins improbable pourrait être celle-ci : Gondulphus est bel et bien allé à Milan
(et peut-être même préalablement à Rome, sur la suggestion de sainte Radegonde qui savait que quelque chose s’y tramait) , il a été nommé par Pelage à la suite de cette affaire
  des Trois Chapitres et de la démission provisoire de prélats en place, mais , perçu comme illégitime par le clergé local, il n’aurait jamais  pu prendre ses fonctions, et serait reparti oublier ces avanies dans la solitude se sa retraite  berrychonne.
                                                                                                           recherches :Jacques SUPLISSON
                                                                                                                                    assoc. St-G.P.H.
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